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Dans la soirée du samedi 18 juin dernier (2005), mon mari Richard et moi-même avons été attaqués par des bandits armés à Port-au-Prince, Haïti, dans le "guest house" où nous habitions et où je travaillais comme assistante-gérante depuis quatre ans.
Vous qui lirez ce témoignage, sachez déjà que nous ne sommes nullement amers de ce qui nous est arrivé. Au contraire, notre confiance en Dieu en est ressortie plus forte que jamais, notre désir de Le servir plus grand, notre amour pour Lui et pour le peuple haïtien plus ardent ! Nous y retournerons, « si Bondye vle », en Son temps ! Je peux vous dire aujourd’hui que cette épreuve traumatisante est l’une des plus merveilleuses expériences de ma vie… à cause de la présence de Dieu qu’elle m’a permis de goûter par la suite ! Lisez et soyez vous aussi émerveillé(e) !
Agathe Desautels (épouse de Richard Ouellette) ___
Quelques informations préalables pour vous situer
Fondé il y a vingt-deux ans le "guest house" est situé à dix minutes de l’aéroport de Port-au-Prince. Il accueille surtout des étrangers de différents pays venant en Haïti pour une implication missionnaire à court terme, à la capitale ou en province. Exemples : individus ou équipes de deux à quarante personnes atterrissant pour une aide dans les domaines aussi variés que santé, construction, agriculture, reforestation, évangélisation, édification, adoption, etc. Le « guest house » comprend une soixantaine de lits répartis dans trois maisons. L’ensemble de la propriété – comme la plupart des propriétés à Port-au-Prince – est entouré d’un mur de blocs de ciments. Dès 6h00 pm, il fait nuit et deux gardiens de sécurité armés veillent sur la propriété. Le « guest house » a la réputation d’avoir une ambiance chaleureuse et même familiale.
Samedi le 18 juin 2005
On est donc le samedi soir 18 juin 2005. La violence et le kidnapping sont une réalité grandissante à la capitale depuis des mois. Cette situation réduit de beaucoup les réservations d’étrangers au « guest house ». Pour nous-mêmes, Richard et moi, nous réduisons nos sorties à l’essentiel, selon la prudence recommandée, Richard annulant même plusieurs réunions dans certains secteurs de la ville. Toutefois, nous ne vivons ni dans l’appréhension ni dans la peur et j’aime beaucoup mon travail. Ici, je tiens à vous dire que mon sentiment de sécurité a cependant une histoire. En effet, il y a quatre ans, quand j’ai commençé ce travail au « guest house » en tant qu’assistante-gérante, j’avais très peur la nuit alors que déjà on entendait souvent des coups de feu. Après deux semaines d’insomnie, assise dans mon lit un soir, j’ai prié ainsi : « Seigneur, enlève-moi cette peur ou fais quelque chose, sinon je devrai retourner au Québec » ! Croyez-le ou non, je n’ai plus jamais eu peur, même seule dans la nuit ! Et, je me souviens l’avoir dit dès le lendemain à mon mari et à la gérante : « …, et si jamais on vient attaquer le « guest house », je sais que c’est moi qu’on viendra chercher puisque c’est moi qui ai les clés la nuit… et alors, je dirai et ferai ceci, ceci et cela… » Et, les années ont passé…
Donc, on est samedi le 18 juin. Il est 9h15 du soir. Nous n’avons que quatre « guests » présents, quatre missionnaires américains, répartis dans différentes maisons. Comme ils ont déjà regagné leurs chambres, je monte chez moi à l’étage où Richard travaille à son ordinateur. Comme je suis fatiguée, je lui confie d'aller fermer l'ordinateur central dans le Bureau ainsi que les portes de la maison principale quand ça lui conviendra, et… je me couche. Peu de temps après, je l’entends quitter notre appartement.
Environ dix minutes plus tard, un gardien me signale par "radio interne" que des "guests" ont besoin de moi en bas… Je lui réponds de voir avec mon mari qui est déjà descendu… Il me dit qu'il n'est pas là ! J’insiste, disant qu’il doit être en route… J'appelle à mon tour, vérifiant si les « guests » ont été servis… On me répond « non » et que Richard n’est pas là… Spontanément, je dis : « Je viens », et dans ma tête je pense simplement que Richard a sans doute déjà fermé et qu’il est sur le toit plat de notre maison à observer les étoiles, comme il fait de temps en temps. Ne me doutant de rien, je descends l'escalier intérieur tout près de notre appartement… À peine tourné le premier pallier, je me fais pointer du fusil par deux hommes qui me réclament immédiatement $ 250 000 (US) !… Je crie de toutes mes forces, persuadée que ces gens sont entrés à l'insu de tous et qu'ils vont me kidnapper… Ils me font taire en me mettant la main sur la bouche... et je tombe assise dans l’escalier. Soudainement, j'entre dans un très grand calme !
Je leur réponds : « Écoutez, je vais collaborer; je ne peux donner ce montant mais si vous promettez de ne pas me faire mal, ni à personne, je vais vous donner de l'argent ». « D’l’argent, d’l’argent, vite et… silence. » Je sors de la maison bien "escortée", me dirige vers la maison principale… Je tourne quelque peu en rond devant l’entrée en faisant semblant de chercher les clés du Bureau, espérant qu'au moins un des gardiens de sécurité va me voir et intervenir… Puis, non, vaut mieux ne pas faire intervenir les gardiens armés pour qu'il n'y ait pas de coups de feu… et quelque chose de pire…
Alors que je viens pour entrer par la porte de la cuisine, celle-ci s'ouvre d'elle-même… Il fait noir mais je vois un homme debout et je me dis : « Ça y est, Richard est là, il vient de me voir entre les mains de deux bandits. » La porte se referme… Après un moment, je l’ouvre… L’homme n’est pas Richard mais un autre bandit ! Me retournant, j'en aperçois un quatrième à la porte de la salle à manger qui s'entrouvre, un grand gaillard armé ! J’viens pour entrer dans la cuisine. Qu’est-ce que je vois ? Mon mari étendu de tout son long sur le plancher, attaché de la tête aux pieds ! Ouf ! Comme un éclair, je pense : « Seigneur, qu’est-ce qui arrive ? Est-ce que notre séjour en Haïti finirait par un drame ?... Et, alors, nos enfants et petits-enfants, nos familles, nos amis…? » C’est le grand choc !... Mais, bien calmement, je demande :
- Est-ce que vous avez tué mon mari ? On me répond : - Non. - Puis-je lui parler ? - Oui. J’entre. Le gars qui le surveille détache le bandeau sur sa bouche. - Richard, est-ce que ça va ? - Oui. Ouf, il est vivant.
Ici, je laisse Richard vous raconter ce qu’il a vécu jusque là.
« Après avoir laissé notre appartement en haut, je descends et salue l'un des gardiens que je rencontre dehors au passage… J’entre dans la maison principale, je ferme l’ordinateur et les portes, et je viens pour sortir par la cuisine comme d'habitude… Avant même que je mette la main sur la poignée, des individus entrent (je ne sais combien) et m’ordonnent de leur donner $ 250 000, me forçant à me coucher sur le sol… En un instant, je suis étendu sur le ventre… Je leur dis : « Je suis un serviteur de Dieu, je n’ai pas une telle somme à vous donner… Au nom de Jésus, laissez-moi tranquille » !... En un rien de temps, j’ai les pieds et les genoux ligotés, et les mains, au-dessus de la tête… On me donne un coup de crosse de fusil au front et un coup de pied sur le bord de la tête (pas trop fort, heureusement)… On me met un bandeau sur les yeux, un autre autour de la bouche, veillant toutefois à ce que je puisse respirer par le nez !... Ouf !... Autour des épaules, on m'attache de façon très serrée avec une large courroie, de sorte que je ne peux bouger la tête ni à gauche ni à droite… Dans le contexte de ce qui se vit à Port-au-Prince ces temps-ci, je pense qu'on vient me kidnapper (des centaines de gens ont été kidnappés dans les mois précédents, dont quelques étrangers ces derniers jours)… Là, étendu sur le sol, un gars à mes côtés pour me surveiller, on me ‘laisse tranquille’ !... Je suis calme, mais ma pensée va vers les "guests" et mon épouse… Que va-t-il se passer ? Que va-t-on lui faire ?... Quelques minutes passent alors que j’entre dans un intense mais calme moment de prière !... Soudain, j’entends un cri aigu… « Ça y est, on a attaqué des "guests" ? » Je demeure dans une grande perplexité jusqu’à ce que j’entende Agathe demander avec un calme étonnant : « Est-ce que vous avez tué mon mari ? »…
Rassurée par la réponse de mon mari, je ramasse les clés qui sont près de lui et je vais dans le Bureau avec les bandits. J’ouvre la caisse. Ils prennent l'argent ainsi que deux enveloppes trouvées dans une armoire, contenant les passeports et l'argent des "guests"… Je leur demande de me remettre au moins les passeports… Ils acceptent ! Me tirant par le bras ils me reconduisent vers le corridor et me disent : « Tu vas aller te coucher par terre à côté de ton mari. » Effrayée à la pensée du drame qui pourrait suivre : ‘un couple a été retrouvé attaché avec chacun une balle dans la tête’, je panique intérieurement… mais je leur réponds bien calmement : « Je ne veux pas que vous me fassiez cela… et, si vous me promettez de ne pas m'attacher ainsi, je vais vous donner d'autre argent. »
Heureux d'entendre cela, les bandits me répondent : « D’l’argent, d’l’argent, donne-nous vite, on ne te fera pas cela. » Tout en continuant de dialoguer avec eux, je sors dehors et leur demande : « Y en a-t-il d’autres avec vous ? » « Beaucoup », me répondent-ils. Je tourne en rond pour étirer le temps dans l’espoir d’être secourue de quelque manière. Enfin, je retourne dans le bureau. Avec calme, je retire l’argent déposé en lieu plus sûr… Ils me l’arrachent rapidement des mains. Satisfaits, ils me conduisent et me font asseoir dans le cadre de la porte entre la cuisine et la salle à manger. Ils veulent m'attacher. Je leur dis : « Ne m’attachez pas, je ne vais pas vous livrer. Notre téléphone est défectueux (ce qui est vrai depuis deux jours) ». Ils en arrachent le fil, attrapent une corde électrique (extension) et me lient les pieds et les mains tout en me demandant : « Vous êtes canadienne ? » Ils soulèvent leur t-shirt et me montrent leur ventre en disant : « On n’est pas méchants, c'est la situation, on a faim ». Je leur dis : « Je sais que vous avez faim. Je souhaite que vous rencontriez un jour Jésus dans votre coeur et que vous trouviez la paix intérieure. » Ils quittent.
Quelques minutes plus tard, ils reviennent et veulent prendre le grand sac à poubelle qui se trouve tout près de moi. Je m'appuie sur le couvercle de la poubelle et résiste en disant que je ne veux pas qu'ils prennent ça… Je crains tellement qu'on me le mette sur la tête pour m'étouffer… Ils n'insistent pas. Ils semblent très pressés. Ils me demandent combien on a de gardiens. Je réponds… Désireuse qu'ils partent le plus tôt possible sans autre incident fâcheux, je leur indique de passer par-dessus tel mur ! Finalement, ils ne prennent pas le sac à poubelle, mais attrapent au passage deux petites nappes blanches qui couvrent la vaisselle dans la salle à manger… et, disparaissent.
Après leur départ, alors que je suis assise par terre, j'attends une quinzaine de minutes avant d'oser parler à Richard… Je ne suis pas certaine que les bandits ont quitté la maison et la propriété… Je sais que je suis capable de me détacher avec mes dents mais je crains tellement qu’ils reviennent. Enfin, je demande à voix basse : « Richard, est-ce que ça va ? »…
Ici encore, je laisse Richard vous raconter ce qu’il a vécu pendant que j’étais ‘occupée’ avec une partie des bandits ?
« Un des bandits armés se tient constamment à côté de moi pour me surveiller. Soudain, il me demande : - Avez-vous quelque chose à manger ? - Regarde dans le frigo… Il y a un micro-onde tout près… (Je veux être gentil avec lui !...) - Avez-vous du jus ? - Non, mais tu peux prendre un coca dans la salle à manger, à côté.
Un peu plus tard, il me passe la main sur la tête : - Est-ce que ça va ? - Hummmm… - Je vous aime… Vous savez, c'est la situation"… Encore un moment et il me demande : - Vous, est-ce que vous m'aimez ? - Oui… et, je prie pour toi !... (ce qui était vrai). Espérant pouvoir obtenir sa faveur, je lui demande : - Ne pourrais-tu pas me desserrer un peu au niveau des épaules, ça me fait très mal ? S’approchant de moi, il rétorque sèchement : - Je peux vous tuer… Taisez-vous !
Alors, il resserre le bandeau sur ma bouche… Les minutes qui passent sont longues mais me trouvent quand même dans une communion paisible avec Dieu : « Je suis Ton enfant… Je suis prêt à aller Te rejoindre… Je veux seulement que ma vie ou même que ma mort Te glorifie… Prends soin de mon épouse, etc. » Je pense un moment qu'éventuellement, je ne reverrai pas mes enfants et mes petits-enfants… Je pense aux souffrances de Jésus… ainsi qu'à tous ces martyrs qui ont "perdu" leur vie à cause de leur foi… Je répète souvent "Jésus… Jésus…", me concentrant sur Lui, surtout dans ces moments où la douleur à l'épaule gauche devient plus intense… J’essaie de faire quelques mouvements des bras ou de la tête… mais, rien n’y fait. Ma tête est immobilisée avec la courroie qui sert mes épaules et mes bras attachés au-dessus de la tête ne me laissent aucune marge de manœuvre… Mes jambes non plus, d’ailleurs. J’ai mal et je me dis que si je dois passer toute la nuit dans cet état, j’aurai certainement des problèmes à long terme… Je prie que Dieu nous vienne en aide à mon épouse et à moi tout en étant conscient du précieux refuge que j’ai en Lui… ! Quel étonnement lorsque mon épouse m’interpelle… : « Richard, est-ce que ça va ? »
- Oui, me répond-il, mais j'ai très mal à l'épaule. Je lui explique que je peux me détacher mais que je n’ose pas de peur que les voleurs ne reviennent. Il me répond qu'ils ne vont pas revenir… et de venir vite le détacher parce qu’il a mal. Je réussis à me déprendre avec mes dents… puis je vais le libérer. Son front saigne un peu mais je vois que ce n’est pas profond… Quelle délivrance !... Enfin, c'est fini !...?
Dans les bras l'un de l'autre, nous remercions Dieu de ne pas avoir été kidnappés, de ne pas être blessés sérieusement, d'être encore en vie...!
Nous voilà en plein milieu de la nuit. Tout s’est passé sous silence… Nos "guests" n'ont rien entendu alors qu’ils dorment dans leurs chambres climatisées. Nous, nous sommes là, sans téléphone !... Nos gardiens, où sont-ils ? Aucune idée !... Peut-être les bandits les ont-ils emmenés avec eux ?... Que faire ?
À partir de ce moment, mon grand calme disparaît et j’entre dans une frayeur extrême, la hantise que les bandits reviennent pour nous kidnapper, alors qu’ils nous ont bien identifiés comme couple canadien. De son côté, Richard me dit que si les gardiens sont attachés comme lui, ils ont besoin d’aide... et décide d’aller à leur recherche. Il circule calmement et prudemment autour de nos trois maisons… sans s'aventurer trop loin du côté du stationnement… Vaine recherche : nos gardiens ne sont nulle part en vue !
Que faire ? Communiquer par courrier électronique ? Oui, mais qui rejoindre à 11h00 du soir ?... Enfin, je me rappelle qu'on a reçu un courriel de l'ambassade du Canada quelques jours auparavant. Peut-être y a-t-il une référence de secours ? Richard le retrouve et découvre une adresse où écrire en cas d'urgence : sos@international.gc.ca. Rapidement, il écrit, résumant ce qui vient de nous arriver, précisant que notre téléphone ne fonctionne pas… et demande qu’on nous vienne en aide. Une dizaine de minutes plus tard, un courriel venant du Canada nous avise que notre appel à l'aide a été acheminé aux ressources appropriées à Port-au-Prince…
Il n'est pas question pour moi de retourner dans notre appartement dans la maison d'à côté !... Nous décidons de prendre deux matelas dans une chambre voisine et de nous reposer dans le Bureau près de l'ordinateur, en attendant le secours…
Peu de temps s'écoule… Mon mari entend un léger bruit de tôles à l'extérieur… Sans m'en parler pour ne pas me traumatiser davantage, il me dit qu’il va à la salle de bain tout près. De là, il regarde par la fenêtre… Il y découvre un homme debout sur le toit du hangar situé derrière notre troisième maison ! À bien y regarder, il voit qu'il a les bras en l'air, semblant en communication avec quelqu'un. Il revient vers moi et me prévient en disant : "Il y a encore quelque chose !..." Alors que je reste terrifiée dans le Bureau en me disant que les bandits sont encore sur le terrain, il s'aventure à nouveau dans la salle de bain pour voir ce qui se passe… Toujours le même personnage les bras en l'air, et qui gesticule. Que se passe-t-il ?...
Encore dans l'interrogation, il circule quelque peu dans la salle à manger et entend frapper au portail extérieur à l'avant…! De quoi s'agit-il ? Pour moi, toujours au Bureau, je suis persuadée que ce sont les bandits qui forcent très fort la porte de la maison où nous sommes. Richard, lui, s'approche prudemment… On frappe maintenant au petit portail pour piétons… Il aperçoit un homme en noir avec une casquette… et, un instant plus tard, une lumière bleue qui tournoie, un gyrophare. Ouf !... C'est sûrement la police ! Ne voyant aucun gardien à l'horizon, il sort de la maison et va ouvrir.
Les policiers l’informent qu’il y a quelqu'un derrière…!
En fait, c'est le voisin de derrière notre propriété qui a alerté la police, ayant découvert l'un de nos gardiens se débattant sur le toit… Croyant d'abord que c'était un voleur, il a menacé de le tuer, puis voyant qu'il était attaché ici et là, a appelé la police !... Le gardien retrouvé par les policiers apparaît bandé sur le corps et autour de la tête avec du gros "tuck tape" gris, des marques de coups ici et là !... Il explique à Richard ainsi qu'aux policiers qu'il a été pris par surprise, qu'il s'est débattu mais qu'on a fini par lui arracher son arme,… qu'on l'a battu, attaché puis traîné derrière !... Après d’intenses efforts, il a réussi à déprendre ses pieds et à monter sur le toit du hangar… pour alerter le voisin.
Après ces informations, les policiers cherchent partout avec lui pour trouver l'autre gardien…? Nulle part !
Pendant ce temps, un policier tout habillé de noir rentre avec Richard et vient vers moi qui ne suis pas du tout rassurée… Je lui demande : « Qui me dit que vous n'êtes pas un bandit, vous aussi ?... » Gentiment, le policier me montre son badge… Ça peut aller !...
Quelques minutes plus tard, c'est la compagnie de sécurité qui arrive : une demi-douzaine de gars lourdement armés !... Ils expliquent qu'ils ont été avertis par un de nos gardiens s’étant enfui… (Il n’avait exceptionnellement ou « providentiellement » ni arme ni radio avec lui à ce moment-là).
Ayant fait leur constat, les policiers nous laissent entre les mains de notre compagnie de sécurité malgré mes instances pour qu'ils appellent la Minustah (l'armée des Nations Unies postée en Haïti) ou encore la GRC (Gendarmerie Royale du Canada également présente à la capitale), leur demandant de venir nous protéger… Après tout, nous sommes deux Canadiens et il y a quatre Américains au « guest house » ! On nous dit que cela n'est pas de leur ressort… et, ils s’en vont, nous disant que nos « sécurités » sauront s’occuper de nous.
De son côté, la compagnie de sécurité a beau dire que deux autres "sécurités" vont passer la nuit avec nous, ce n'est pas de quoi me rassurer… Je leur dis : « Nous en avions deux de vos "sécurités" et voilà ce qui est arrivé ! »
Comme je l’ai dit plus haut, depuis que les bandits sont partis, je vis dans la peur constante qu’ils pourraient revenir pour nous kidnapper. Je vis un grand traumatisme !
Demandant au moins qu'on ait un cellulaire à notre disposition, on nous en remet un…
Entre les mains peu rassurantes de nos deux nouveaux gardiens, nous réintégrons le Bureau… Richard téléphone à un numéro d'urgence de l'ambassade du Canada à Port-au-Prince… Quelqu'un lui répond qu'il a déjà reçu le courriel venant du Canada et qu'il a alerté la police internationale qui a avisé la police locale. Comme il lui donne notre numéro de cellulaire, quelques minutes plus tard, la police de Port-au-Prince téléphone… Richard lui dit que des policiers sont déjà venus !
Dimanche le 19 juin 2005
Il est maintenant près de 2h00 du matin… Étendus sur deux matelas dans le Bureau, nous réussissons à nous reposer quelque peu…
Tôt le matin, je communique avec la gérante haïtienne qui, avec beaucoup de compassion, demande vite si on est blessés… Quelques minutes plus tard, elle nous rejoint avec son mari. Nous passons une bonne partie de la journée avec elle et le responsable de la compagnie de sécurité qui vient faire enquête.
Il est évident dans ma tête que nous allons quitter Haïti le plus tôt possible !... Ma gérante se montre tout à fait compréhensive.
Vers 2h30 de l’après-midi, nous nous rendons à un hôtel situé tout près, où nous logerons jusqu'à notre départ.
Lundi le 20 et mardi le 21 juin 2005
Les deux jours qui suivent, nous retournons quotidiennement au « guest house » escortés toutefois par le propriétaire condescendant de la compagnie de sécurité, arme à la ceinture !.... Nous y retrouvons les sept membres du « staff » consternés et fort attristés. Nous ramassons nos affaires et réglons les dernières formalités. Bien sûr, nous passons aussi plusieurs heures avec le responsable de la compagnie de sécurité, la police et la direction du « guest house » alors que chacun cherche à comprendre ce qui s’est passé…
Le mardi soir, nous sommes à l'hôtel. Nous apprenons que malheureusement aucune sécurité armée ne pourra nous escorter jusqu’au « guest house » et à l’aéroport le lendemain… Aussi, je vis cette longue dernière nuit dans l’angoisse et l’agitation, pensant toujours qu'éventuellement -- de jour ou de nuit -- quelqu'un va me pointer avec une arme... Comme je comprends alors le traumatisme que vivent les gens agressés violemment ! Je pense à notre retour au Québec dans quelques heures et je ne peux m’imaginer y vivre sans la présence constante de quelqu’un à mes côtés pour de longs mois.
Mercredi le 22 juin 2005
Enfin, le matin vient. Dès le réveil, Richard se voulant rassurant me dit : « Chérie, j’ai trouvé une solution pour notre déplacement vers l’aéroport. On va demander aux sept employés du « guest house » de nous accompagner dans le camion… » Je lui réponds du tac au tac : « Penses-tu ? Si des kidnappeurs ont réussi à entrer dans une classe de l’université et enlever le professeur devant les yeux des étudiants, ce n’est pas sept employés avec nous dans une boite de camion qui va les impressionner... »
Dans cet état d’insécurité totale, je me rends avec Richard à la salle à manger de l’hôtel pour le petit-déjeuner. Il est 7h00. Nous n’avons pas encore commencé à manger lorsque, le comble, une rafale de coups de feu retentit tout près dans le quartier ! Bien sûr, j’en suis profondément troublée… On est devenus familiers avec les coups de feu mais, cette fois, c’est trop ! Je cours me réfugier derrière un comptoir de service... Enfin, les coups de feu cessent après deux ou trois minutes… Ça m’a paru si long ! Doublement traumatisée, sachant qu'une demie heure plus tard, je dois passer dans ce quartier, je me mets à sangloter, appuyée sur le comptoir... Richard vient me rejoindre pour me réconforter. On retourne à notre table. En passant, Richard remarque un client en train de lire sa bible. Il lui dit simplement qu'il fait quelque chose de bien.
Après le repas, nous retournons à notre chambre, je m'affaire à l'intérieur, la porte ouverte, car je ne veux pas rester seule… Richard attend dehors devant la porte l'arrivée de notre chauffeur pour retourner au « guest house » compléter nos valises. Le client qui lisait sa bible vient le rejoindre exprimant quelques mots dans une langue qu'il ne comprend pas. Il ne parle ni français ni anglais ni créole, mais Richard comprend quelques mots comme « pas avoir peur, avoir confiance...», sans doute en espagnol ? Sur la table, l’étranger dépose sa mallette et ouvre son lap-top. Il lui montre écrit en gros caractères et en français courant le Psaume 91. Surpris après avoir lu les deux premières lignes, Richard m’appelle en vitesse et m’invite à le rejoindre. Aussitôt venue, je suis impressionnée par l’aspect physique de cet homme… Je m’assis près de mon mari et je lis :
Qui se place à l’abri auprès du Dieu Très-Haut et se met sous la protection du Très-Grand, Celui-là dit au Seigneur : Tu es la forteresse où je trouve refuge, Tu es mon Dieu, j’ai confiance en Toi. C’est le Seigneur qui te délivrera des pièges que l’on tend devant toi et de la peste meurtrière. Il te protégera, tu trouveras chez Lui un refuge, comme un poussin sous les ailes de sa mère. Sa fidélité est un bouclier protecteur. Tu n’auras rien à redouter : ni les dangers terrifiants de la nuit, ni la flèche qui vole pendant le jour, Ni la peste qui rôde dans l’obscurité, ni l’insolation qui frappe en plein midi. Oui, même si ces fléaux font mille victimes près de toi et dix mille encore à ta droite, il ne t’arrivera rien.
Touchée par l’intervention de Dieu, je commence à pleurer mais non de peur. Je suis profondément impressionnée par cette parole de Dieu si explicite et si rassurante ! Je sens que je suis en train de vivre une guérison de ma très grande frayeur !... Je continue à lire :
Ouvre seulement les yeux et tu verras comment Dieu paie les méchants. Oui, Seigneur, Tu es pour moi un Refuge. – Si tu as fait du Très-Haut ton abri, Aucun mal ne t’atteindra, aucun malheur n’approchera de chez toi. Car le Seigneur donnera l’ordre à Ses anges de te garder où que tu ailles. Ils te porteront sur leurs mains pour éviter que ton pied ne heurte une pierre. Tu marcheras sans risque sur le lion ou la vipère, tu pourras piétiner le fauve ou le serpent. Il est attaché à Moi, dit le Seigneur, Je le mettrai donc à l’abri; Je le protégerai parce qu’il sait qui Je suis. S’il m’appelle au secours, Je lui répondrai. Je serai à ses côtés dans la détresse, Je le délivrerai, Je lui rendrai son honneur. Je lui donnerai une vie longue et pleine, et Je lui ferai voir que Je suis son sauveur.
Alors qu’à travers mes yeux mouillés, je termine la lecture de ce psaume, tout en moi reprend vie et sérénité. Je me sens comme un tout jeune enfant effrayé, coincé dans un piège en forêt éloigné de tout… qui soudain sent une main sur son épaule. Se retournant, il aperçoit son père. Ravi, il s'exclame : « Eih, papa ! Tu le savais ? Tu m’avais vu ?... ! »
Pendant un moment, je me pense en présence d’un être surnaturel… Je regarde cet homme. Il a une apparence étrange avec de petites plaques argentées au visage et une ligne aussi argentée de chaque côté, dans ses cils !... Serait-ce un ange ?... Malgré la barrière du langage, nous arrivons à comprendre qu’il est originaire du Guatemala… En réponse à notre questionnement, il nous écrit en espagnol sur son ordinateur un message traduit simultanément en anglais en dessous : « Je suis un travailleur ordinaire, mais je travaille aussi pour Dieu »…
Profondément émue, je pleure doucement et je prie intérieurement :
Comme Tu es grand, Seigneur ! Comme elle est belle et vivante Ton Église alors que Tu Te sers d’un chrétien étranger qui ne parle ni anglais ni français ni créole pour me toucher personnellement ! Cet homme ne sait rien de notre attaque vécue samedi soir dernier. Il m’a simplement vue pleurer à la salle à manger il y a quelques minutes. Il a osé venir vers nous… Mon cœur est rempli de reconnaissance et d’adoration,… d’émerveillement ! Je suis visitée par Toi, mon Dieu, alors que je n’avais même pas prié. C’est si gratuit... !
Richard me souligne que ces paroles du Psaume 91 reprennent sa prière avant le petit-déjeuner où il demandait à Dieu de nous garder « dans le rocher de Sa présence »…
Quelques minutes plus tard, notre chauffeur arrive – non pas le propriétaire armé de la compagnie de sécurité, mais la responsable canadienne du « guest house », pleine de compassion, ayant déjà vécu elle-même un traumatisme semblable.
Une fois nos affaires réglées au « guest house » et l'heure venue, nos sept employés nous accompagnent jusqu'à l'aéroport, comme le Seigneur l'avait montré à Richard durant la nuit ! Le voyage est mouvementé alors que le chauffeur contourne un blocus ("bouchon") en passant par des rues "pas possibles", remplies de trous, de bosses, de "ti-mouns" et de plein d'autres "bagayes"… Malgré tout, je n’ai aucune peur. Au contraire, nous parlons et rions tous ensemble dans la camionnette alors que je me sens en parfaite sécurité « sous l’abri du Très-Haut » ! Nous arrivons à l’aéroport à temps pour prendre notre vol prévu avec Air Transat.
« Haïti chérie ! » Richard et moi quittons Haïti « kè kase » (les cœurs cassés), mais cependant remplis d’une compassion encore plus grande pour le peuple haïtien aux prises avec tant d'instabilité et de violence ! Nous quittons Haïti, mais Haïti ne nous quittera pas ! Nous y reviendrons en Son temps ! ___
« Jésus, je Te prie pour chacun des bandits : qu’ils reçoivent la révélation de Ton amour, qu’ils deviennent Tes disciples et que leur audace destructrice soit transformée en audace pour Ton royaume ! Père, merci pour le "guest house" qui poursuit ses activités d’accueil ! Que sa direction, son personnel et tous les "guests" qui y passent soient bénis de Toi ! »
Mon cœur est également reconnaissant pour tous ceux et celles qui de près ou de loin priaient pour nous... et qui continuent de prier pour Haïti !
Tout mon être est encore rempli de cette extraordinaire intervention de Dieu alors qu'à ce jour (quatre mois plus tard), la guérison est toujours là. Depuis notre retour d’Haïti, Richard et moi avons présenté ce récit à différentes églises et autres rassemblements. Chaque fois, le Saint-Esprit touche les cœurs et les yeux témoignent de l'émerveillement des gens devant l'évidence de la présence agissante de Dieu aujourd’hui !
« Jésus, j’ai pas les mots pour dire à quel point, de Toi, je suis ravie ! »
Agathe Desautels-Ouellette 15 octobre 2005 |
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Richard et Agathe Ouellette